Segwa (Inde) : immersion dans la vie rurale au Rajasthan
- Louise

- il y a 4 jours
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 15 heures
La vie en Inde sous une autre facette : brute, traditionnelle et authentique. Celle des paysans du Rajasthan, au nord-ouest du pays, loin des temples majestueux, des saris colorés, et des artifices bollywoodiens. Je l'ai découverte en avril 2025 à Segwa, un village situé à 2h d'Udaipur dans la campagne indienne. Ici, pas de touristes, pas d'hôtel ; une seule guesthouse, celle de Kanha et de sa maman Deu, dont l'accueil chaleureux vous fait vite oublier le confort très sommaire de leur vie modeste.

Bienvenue à Segwa !
J'ai voyagé plus de 3 semaines en Inde, accompagnée par mon ami et guide Kanha. Après le classique triangle d'or Delhi/Agra/Jaipur, nous avons quitté l'effervescence des grandes villes pour la campagne, et son village natal de Segwa, à côté de la ville de Chittorgarh.
📍Village | ⏱ Temps | 🚆 Accès | 🛏 Hébergement | ⭐ Intérêts | 📞 Contact | 💰 Budget |
Segwa, Rajasthan | 2 à 3 jours conseillés | Gare de Chittorgarh | Guesthouse familiale | Découvrir un authentique village agricole, en dehors des sentiers battus | 1500 INR / nuit, tout inclus (guiding, repas, transferts) |
Le quotidien rural du Rajasthan
Des paysans, à la vie modeste. A Segwa, comme souvent en Inde, on vit en communauté. Environ 250 familles y vivent de l'agriculture et de l'élevage. Chacun possède ses champs : ceux d'opium destinés à la production de médicaments (pratique encadrée par le gouvernement indien), ceux de blé, qui est ensuite transformé au moulin partagé du village, et ceux d'herbe pour les animaux. Chacun possède aussi quelques buffles, des vaches et parfois des chèvres. L'atmosphère du village est paisible, ce qui contraste particulièrement avec le début de mon voyage en Inde.
A Segwa, je suis réveillée chaque matin par le chant des paons, puis j'apprécie le ballet des paysans qui, après la traite et le passage quotidien du "milkman", emmènent leurs bêtes aux champs, sur les sentiers de terre. Puis les rires d'enfants viennent stopper cette douce quiétude, passant en jouant de maison en maison.
Ici, les habitants ne sont pas très habitués à recevoir des étrangers, je deviens vite l'attraction du village. On vient me voir, on me prend en photo, et moi, je me prends au jeu ravie de rencontrer, de partager un moment. Et contrairement aux endroits plus touristiques, avec le calme ambiant, la bienveillance et l'accueil chaleureux des habitants, aucun sentiment d'oppression. Au contraire, à Segwa j'ai vécu de magnifiques moments de partage, malgré la barrière de la langue : j'ai joué avec les enfants, j'ai reçu d'innombrables invitations à boire le thé, j'ai observé ses paysans travailler, j'ai partagé des repas cuisinés à même le sol... J'y ai (re)découvert une vie brute et vraie, au rythme de la nature, des animaux, articulée autour des valeurs de partage et de solidarité.
Une maison au village, à quoi ça ressemble?
Ici, RIEN n'est adapté au tourisme.
A Segwa, l'unique endroit où dormir est la Guesthouse de Kanha, où il vous accueille avec le plus grand soin. Une maison rustique où il vit simplement avec Deu sa maman. Une chambre privée y est dédiée à l'accueil des voyageurs.
Dans les maisons du village que j'ai visité, très peu de meubles. Pas de table ou de salle à manger. On mange au sol. On cuisine également au sol sur un petit réchaud. Les maisons sont composées en général d'une ou de 2 chambres que la famille partage, d'une cuisine, d'une pièce à vivre commune, d'une salle d'eau, parfois d'une unique douche extérieure, et de toilettes - turc, évidemment.
Dans ces maisons, pas de superflu. Juste l'essentiel. Quelques vêtements, le minimum de vaisselle, pas de télé, peu de jouets, un ordinateur uniquement pour les plus chanceux.
Au village, on possède peu mais on partage, toujours.
Segwa, miroir d'une Inde traditionnelle qui dérange
Si Segwa a été comme une parenthèse enchantée dans mon voyage en Inde, découvrir la campagne indienne n'en reste pas moins une aventure perturbante.
La place de la femme est un vaste sujet en Inde, et encore plus dans les endroits reculés comme celui-là. Je me souviens voir les femmes se couvrir entièrement le visage avec leur sari. C'est la tradition ici, lorsqu'une femme est mariée et se trouve dans le village de son époux. Pour ne pas être vue des hommes ; une marque de respect, diront-ils. Avec mes yeux d'occidentale j'y vois plutôt une société où la femme est invisibilisée et ses libertés bafouées.
Mais ce qui m'a le plus marquée s'est déroulé chez Kanha. Nous discutions entre femmes, Deu, ses voisines et moi. Au moment où un homme est entré dans la pièce, ces dames, plutôt âgées, ont immédiatement quitté leur chaise pour s'asseoir au sol. Kanha m'explique qu'ici, la femme doit se positionner en dessous du niveau des hommes. Ici, les traditions patriarcales se perpétuent déguisées en "marque de respect".
Même si la constitution indienne interdit les discriminations fondées sur les castes, elles restent encore bien présentes ici dans les campagnes. A Segwa, on se marie donc entre personnes de la même caste, c'est à dire du même niveau social. J'ai rencontré des jeunes femmes, mariées de force à des inconnus "parce qu'il ferait un bon père", parfois très jeunes. Car même si le mariage des mineurs est illégal en Inde, certains villages ignorent encore les lois. Dans cette région rurale du Rajasthan, la famille est sacrée. Il faut honorer les coutumes, les traditions et surtout, ne jamais aller à l'encontre des choix familiaux.
Autant de choses qui dérangent, donc, et qui m'ont fait réfléchir sur le monde, sur la condition de la femme mais surtout, sur le privilège de venir d'un pays où j'ai pu naître et grandir libre. "Réfléchir", au final, ne serait-ce pas ça, le vrai sens du voyage?
Rencontre avec Kanha, guide et avant tout cultivateur.
J'ai fait appel à Kanha pour me guider en Inde, et il a, pour ainsi dire a transformé mon voyage. Dans un pays où le regard insistant des hommes, le monde, le bruit et les odeurs m'étaient difficile à supporter, il a été le guide idéal, attentif, à l'écoute et bienveillant. Mais avant d'être guide, Kanha est surtout un paysan du Rajasthan, et c'est avec un grand honneur que j'ai pu découvrir son village, son quotidien et surtout son parcours. Ensemble, nous revenons sur son histoire et sa vie ici, au village.
Peux tu m'expliquer ton histoire ?

" Bonjour ! Je m'appelle Kanha.
Lorsque j'étais adolescent, j'ai visité le fort de Chittorgarh. C'est là que j'ai rencontré des voyageurs étrangers pour la toute première fois. J'étais fasciné et très curieux de découvrir qui ils étaient et d'où ils venaient. De retour dans mon village, je posais sans cesse des questions aux personnes âgées : « Qui sont ces étrangers ? » et « D'où viennent-ils ? ». Chacun avait une histoire à raconter : certaines étaient vraies, d'autres un peu moins. Mais j'adorais les écouter. Je pouvais passer des heures à entendre leurs récits, au point d'oublier de rentrer chez moi. C'est ainsi qu'est née ma passion pour les rencontres avec des personnes venues du monde entier. J'ai eu envie de partager notre culture, nos traditions et de faire découvrir la beauté de mon pays.
Pour avoir davantage l'occasion de rencontrer des voyageurs, j'ai travaillé comme serveur dans plusieurs hôtels. En parallèle, j'ai appris l'anglais afin de pouvoir communiquer avec eux.
Par la suite, j'ai décidé de devenir guide touristique professionnel. J'ai suivi la formation en tant qu'accompagnateur de voyages et obtenu mon certificat officiel. En 2016, mon plus grand rêve est devenu réalité lorsque j'ai ouvert ma maison d'hôtes dans mon village. Ma toute première invitée était une voyageuse polonaise. Depuis, j'ai eu le plaisir d'accueillir des voyageurs venus de France, de Pologne, de Russie, du Canada et de nombreux autres pays. Tous sont venus découvrir la simplicité, l'authenticité et la chaleur de la vie dans un village indien."
La vie de paysan au Rajasthan, à quoi ça ressemble?
"La vie d'un agriculteur dans un village indien n'est pas facile. Toute la journée est consacrée aux animaux et au
travail agricole.

Les femmes se lèvent très tôt, vers 4 ou 5 heures du matin. Elles commencent par traire tous les animaux. Chaque matin et chaque soir, un collecteur de lait passe de maison en maison pour récupérer le lait de tous les habitants du village avant de le revendre au marché. Ensuite, les femmes préparent les repas pour toute la famille.
Les hommes participent également à la traite. Certains agriculteurs apportent eux-mêmes leur lait en ville pour le vendre. Après être rentrés à la maison pour manger, ils repartent travailler dans les champs. D'autres possèdent de grands troupeaux et passent toute la journée dans les pâturages à faire paître les vaches, les bufflonnes et les chèvres. Lorsque les hommes n'ont pas le temps de rentrer déjeuner, les femmes leur apportent leur repas directement dans les champs.
Le soir, il faut de nouveau traire les animaux, vendre le lait, puis enfin se reposer."
Raconte-moi ta vie de guide, ce que cela a changé pour toi ?
"Être guide est beaucoup plus facile, et c'est surtout une expérience passionnante. J'ai la chance de voyager avec des personnes venant de différents continents. Je peux leur faire découvrir notre culture tout en apprenant énormément sur la leur.
C'est un mode de vie complètement différent de celui que je connaissais. Depuis mon enfance, j'avais toujours vécu dans mon village. Comme beaucoup d'enfants de la campagne, ma vision du monde était très limitée. Tout a changé en 2016, lorsque j'ai rencontré ma première voyageuse européenne : j'ai commencé à vouloir aider toutes les personnes qui souhaitaient découvrir l'Inde. Cet heureux hasard a complètement changé le cours de ma vie. Je suis devenu guide touristique et j'ai commencé à voyager dans tout le pays.

Il m'arrive cependant de rencontrer des difficultés. Lorsque je pars avec des voyageurs, je dois trouver quelqu'un pour aider ma mère à la ferme. Chaque jour, je rapporte de gros fagots d'herbe, pesant entre 40 et 50 kg, que je transporte sur ma tête pour nourrir les animaux. Ma mère a 55 ans et n'est plus assez forte pour faire ce travail seule. Je dois donc embaucher quelqu'un pour l'aider pendant mes absences.
Il m'arrive d'accueillir des voyageurs dans mon village. Ma mère prépare les repas pour eux. Elle ne parle pas anglais, mais elle comprend les expressions du visage et le langage des gestes. Chaque fois que nous recevons des visiteurs, elle est très heureuse. Et lorsqu'ils repartent, elle est toujours un peu triste et émue. Elle accueille chaque voyageur avec un cœur ouvert et les considère comme des membres de la famille. Grâce à ces rencontres, sa façon de voir le monde a elle aussi changé. Même sans parler leur langue, elle apprend beaucoup des voyageurs et découvre de nouvelles façons de penser et de vivre. "
Pourquoi venir à Segwa ?
3 jours chez Kanha, là où la vie ralentit
Vous l'avez compris à Segwa il n'y a, pour ainsi dire, rien à faire, et c'est justement ce qui fait le charme de ce lieu. Pas de temple à visiter, pas de musée, pas de coffee shop, mais surtout pas de touristes.
J'ai passé 3 jours à vivre au rythme indien, à observer les paysans et partager leur quotidien : traire les vaches et les bufflonnes, attendre le passage du "milkman" (celui qui collecte le lait) le matin puis sortir les animaux aux pâtures. Continuer par travailler aux champs, couper l'herbe pour les vaches, entretenir les cultures, puis cuisiner les légumes frais et les mythiques rotis, pains traditionnels indiens. J'y ai aussi joué avec les enfants du village, photographié les habitants qui ont volontiers pris la pose et partagé un thé avec eux. Puis quand le jour commençait à tomber, rentrer les vaches et les buffalos, et ce, tous les jours sans exception.
Le fort de Chittorgarh

Impossible de venir à Segwa sans visiter l'immense fort de Chittorgarh. A quelques kilomètres du village se trouve la ville de Chittorgarh et son fort, classé à l'UNESCO et l'un des plus grands du Rajasthan. Il comporte de nombreux palais et de magnifiques temples, entourés de remparts sur 280 hectares. Les tours de guet offrent une vue panoramique sur la ville et la désertique campagne qui l'entoure.
Si vous séjournez à Segwa, Kanha vous conduira avec plaisir visiter les quelques attractions alentours.
FAQ : informations pratiques
Comment séjourner à Segwa?
🚆Pour se rendre à Segwa, il faut d'abord aller jusqu'à Chittorgarh, une ville accessible en train ou en bus depuis les autres grosses villes du Rajasthan ( Delhi, Jaipur, Pushkar) ou en bus depuis Udaipur. La gare de Chittorgarh est située à seulement 4km de Segwa.
Une fois arrivé il suffit donc de prendre un transport privé (uber, taxi ou tuktuk), ou s'arranger avec Kanha et sa moto.
🏠 Pour y passer la nuit, vous l'aurez compris, il y a une seule guesthouse pour accueillir les touristes dans le village. Pas d'autre option donc que de séjourner chez Kanha et Deu. Ils disposent dans leur maison d'une chambre privée réservée aux visiteurs. Vous pouvez trouver son contact sur TripAdvisor ou sur Facebook.
Un guide en Inde/ à Segwa ?
🎒Kanha est guide "accompagnateur de voyage". Il organise des tours sur mesure selon vos envies et votre budget dans toute l'Inde. Ce que j'ai particulièrement apprécié c'est qu'il a parfaitement respecté ma façon de voyage et s'est adapté à mon budget de voyageuse en sac à dos. Ensemble, on a pris le train et les transports en commun, dormi dans des guesthouses ou des lieux "budget friendly". Mais il peut aussi organiser des tours plus confortables, avec chauffeur privé, hôtels plus luxueux...
Ensemble on a passé des moments de partage et d'échange fabuleux, Kanha est une personne passionnante, qui vous fera sentir non comme un simple touriste, mais comme un ami.
Et si vous voulez uniquement découvrir Segwa, il sera ravi de vous accueillir chez lui !
Quel budget?
💰Pour Segwa, Kanha vous accueille pour 1500 INR (environ 14€) la nuit, tout compris : repas, visite du village, et si besoin transfert en moto à la gare ou la station de bus, transfert et guide au fort de Chittorgarh ( entrée du fort non incluse)
Si vous souhaitez visiter le reste de l'Inde, il vous fera un devis personnalisé selon votre itinéraire, vos souhaits, etc.
Quelle saison visiter le Rajasthan ?
Le Rajasthan dispose d'un climat désertique avec des variations de températures importantes...
☀️ Octobre à mars : la meilleure saison
C'est la période la plus agréable pour découvrir le Rajasthan. Les températures peuvent aller de 10° (la nuit) à 30° et les journées sont majoritairement ensoleillées. Mais c'est aussi la pleine saison pour les touristes avec un risque de croiser du monde. De gros évènements se déroulent durant cette saison : le Diwali (octobre ou novembre), la foire aux chameaux de Pushkar ( octobre ou novembre), le desert festival en février et le Holi en mars.
🌡️ Avril à juin : l'été rajasthani
L'été est particulièrement intense avec des températures souvent entre 35 °C et 45 °C. La chaleur est difficilement supportable, particulièrement en début d'après midi, ce qui nécessite d'adapter les visites. En revanche, les sites touristiques sont beaucoup moins fréquentés et les hébergements proposent souvent des tarifs plus avantageux.
🌦️ Juillet à septembre : la mousson
Durant cette période, le risque de pluie est accru, en particulier dans le sud et l'est de l'État. Les températures, elles sont agréables : 25 °C à 35 °C et les paysages deviennent plus verts, notamment autour d'Udaipur .
Le mot de la fin...

Il existe des voyages où l'on coche des cases, des monuments, des temples, des merveilles du monde, et d'autres, comme Segwa, où l'on rencontre, on partage, on apprend.
Le voyage commence là où se termine notre zone de confort ; c'est là précisément que le tourisme laisse place à l'aventure. A Segwa je n'ai pas découvert les palais grandioses du Rajasthan. J'y ai découvert une autre Inde : celle des champs, des buffles, des repas partagés à même le sol, des enfants qui rient en courant dans les ruelles poussiéreuses et des habitants qui ouvrent leur porte sans rien attendre en retour. J'y ai aussi découvert une Inde qui dérange autant qu'elle fascine, par ses traditions et ses coutumes : j'y ai été confrontée à une autre réalité.
Mais voyager, n'est pas toujours facile. Ce n'est pas seulement admirer, c'est aussi observer, questionner et accepter que le monde ne corresponde pas toujours à nos propres repères, nos idées, nos normes.
Ce qu'il me reste de Segwa aujourd'hui ce sont les visages, les sourires, les discussions malgré la barrière de la langue, les chants des paons au lever du jour et cette sensation rare d'avoir été accueillie non pas comme une cliente, mais comme une invitée. Le genre d'expérience qui donne un sens au voyage et qui est, pour moi, la plus belle définition de "voyager".
Si vous cherchez une Inde différente, où le tourisme de masse laisse place à l'immersion, Segwa est une invitation à ralentir, à rencontrer et à comprendre. Une expérience qui, bien plus qu'un simple détour au Rajasthan, laisse une empreinte durable, un souvenir différent, authentique.





































































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